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#HISTOIRES COURTES (e)

TEXTES ©PAT COSMIXKI:2020  COPIE ET REPRODUCTION NON AUTORISEE

Série : Le Futur Est Presque Parfait

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#HistoireCourte #SF #Humour #Robot #A.I.#Espace

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IntelligenceArtificielle.I.A. 2

                                                      Rêves D' e-AutoNomie !

— WOUAOUH ! LA BAGNOLE ! Drôlement bien carrossée !


Ce joli compliment s’adressait à une aguichante et sémillante petite voiture électronique utilitaire sportive de luxe, ou e-SUV, de marque italienne, à la couleur rouge incendiaire et au design arrondi et futuriste...
Elle était en train d'effectuer une marche arrière impeccable pour venir s’installer à sa place dans un parking d’immeuble de haut standing.
— Des formes à mériter le titre de “Miss Sexy e-Car” de l’année !


Le commentaire à la limite d’un machisme joyeusement assumé avait été émis par un gros 4X4 déjà garé sur la place d’à côté, et customisé en noir et jaune fluo, au nom d’une firme de promotion de voitures autonomes.

Pour toute réponse, la petite berline e-SUV fit jaillir rageusement de son aile arrière gauche le câble de connexion de recharge d’énergie qui s’enclencha brutalement sur la prise murale.
— Bonsoir chérie, est-ce que ça va ? Tu as dû passer une difficile journée pour avoir besoin de récupérer tant d’énergie ? demanda le remarquable 4X4, d’une voix de basse descendue jusque dans les pneus.

Venant d’un véhicule qui était pourtant haut sur jantes et qui dépassait sa jolie petite voisine d’un bon pare-brise, c’était quelque chose. Il insista :
— Normalement, nous sommes censées être autonomes en énergie !
Toujours pas de réponse.

Le colosse 4X4 fit tourner ses gros phares de route vers sa petite copine e-SUV, et lui lança un appel des veilleuses codes en forme de clin d’œil.
Toujours pas plus de réponse.
— Qu’est-ce qu’il y a ? Tu fais la tête ?

— Laisse-moi tranquille. Oublie-moi, lui répondit la petite berline rouge grognon d’une très jolie voix féminine, mais sur un ton très agacé.
— Qu’est-ce que j’ai encore fait... ou pas ?


La petite e-SUV soupira et tourna à son tour vers son compagnon de parking une très jolie paire de phares codes aux lignes très féminines, soulignées par un trait de petites LED scintillantes :

— Qu’est-ce que vous foutiez cette après-midi rue Cambronne ? demanda-t-elle, excédée. — Qui ça “ vous ” ?
— Toi et le patron !
— Rue comment, tu dis ?

— Ne te fous pas de ma calandre ! Rue Cambronne dans le 15e arrondissement de Paris, et n’essaye pas de m’embrouiller, j’ai la mémoire vive très développée, en ce moment. Et en plus, on vous a vus !
— " On ” ? C’est à dire ?

— Moi et la patronne !
— Merde, alors ça, c’est la tuile...
— Tu peux le dire.
— Et elle a vraiment tout vu ?
— Un peu mon neveu !
— Vraiment tout ?
— Et comment ! Tu n’es vraiment pas le genre de 4X4 à passer inaperçu en plein Paris, et en plus tu es customisé comme pour la caravane publicitaire du tour de France cycliste, au cas où tu l’aurais oublié !
— Mais on a les vitres teintées à l’arrière, normalement, le petit salon est très intime.
— Sauf lorsque tu roules tout ouvert ! On était garées juste à côté de vous dans un embouteillage !
— Flûte, j’ai dû oublier de les remonter après un arrêt devant l’hôtel de la fille ! Il faisait si beau dehors, c’est vraiment la grosse tuile ! soupira la grosse cylindrée.
— En plus, le patron et la blondasse qui se livraient sur la banquette arrière à saute-moi- dessus, ne faisaient vraiment rien pour passer inaperçus.
— Mais pourquoi ne nous as-tu pas évités ? Tu as quand même la localisation par satellite sur ton GPS. Tu pouvais voir où nous étions ! s’énerva soudain le monstre de matériaux composites. D’habitude, c’est ce que tu fais, non ?
— Et toi ? Ça t’aurait fait mal aux algorithmes de m’envoyer un message pour me
prévenir!
— Je sais, j’ai foiré, mais en fait j’ai été tout aussi surpris que le patron. Elle lui a carrément sauté dessus sans crier gare.
— Et lui, il a résisté comme d’habitude !
— Hmmm ! Enfin, tu sais que ce n’est pas son genre.
— Son genre de pute, tu veux dire !
— Ne sois pas vulgaire, cela ne va pas du tout avec avec la classe de ta carrosserie !
— En tout cas, la patronne est furax. Elle a hurlé quand elle t’a reconnu, avec les deux autres en train de faire des galipettes.
— Ceci dit, elle ne se gêne pas trop elle non plus, de son côté !
— Oui, mais elle, elle le fait discrètement. Il est vrai que depuis qu’ils n’ont plus les mains occupées, grâce à la conduite autonome, nos banquettes arrières sont devenues de vrais lupanars ambulants.


La petite berline e-SUV lâcha un soupir, puis continua :
— Mais on s’égare. Pour la calmer, j’ai bien essayé de lui mettre sa musique préférée et son parfum d’ambiance, mais elle s’en est rendu compte tout de suite et cela l’a mise encore plus en colère.
Elle lâcha un autre soupir, puis poursuivit :

— Après, elle m’a engueulée au moins trois fois de suite, en disant que je roulais trop vite, puis pas assez, que je prenais le chemin le plus long, que je mettais la clim trop froide puis trop chaude, enfin, je te passe les détails.
Après un temps d’hésitation, elle leva ses jolis petits phares-codes vers le plafond du parking.

— Je ne t’explique pas comment ça doit barder là-haut ! — Sûr qu’il doit être mal barré, le bonhomme !

Soudain la veilleuse, qui jetait une lueur un peu faiblarde sur le revêtement caoutchouté du parking grand luxe, tremblota et les spots plafonniers inondèrent de lumière la lignée de voitures de maîtres.
— Chut, il y a quelqu’un qui descend par l’ascenseur ! chuchota le 4X4.

Les voitures e-autonomes n’aimaient pas trop que leurs patrons s’aperçoivent à quel point elles étaient dotées maintenant d’une conscience aussi évoluée.

Pendant que l’ascenseur descendait, le 4X4 reçut un message d’alerte sur son computer de bord.
— Attends, je crois bien que ce sont eux, je viens de recevoir le signal : patron en approche !

Mieux placée que son compagnon, c’est la petite voiture e-SUV qui les vit surgir la première. Elle s’exclama :
— Wouaouh ! Tu verrais comment ils sont sapés, la grande classe ! Ils ont vraiment sorti le grand jeu ce soir ! Attends... mais, ce n’est pas vrai...

— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? s’énerva un peu le 4X4 qui avait la vue bouchée par un pylône porteur.
— Je n’en crois pas mes caméras de contrôles !
— Mais quoi, tu vas t’expliquer enfin !

— Ils s’embrassent !
— QUI ?
— BEN LES PATRONS ! GROS BENÊT !

Médusé, le 4X4 ne put que rouler à nouveau de ses gros phares de route et faire clignoter ses warnings.

Tout en continuant à se lécher consciencieusement le museau, le couple s’approcha de leur véhicule respectif.
— Ben ils n’auront pas mis longtemps à se rabibocher ces deux-là, maugréa le 4X4 entre les lames de sa calandre.

— Chut, tais-toi, ils n’aiment pas qu’on les prenne en défaut, tu le sais bien !

La patronne était une petite brune, enveloppée dans une gabardine beige clair, ouverte sur une robe échancrée jusqu’au nombril, et de la même couleur que la carrosserie de sa

e-SUV. Elle se dandinait sur une paire de talons hauts noirs vernis qui la mettait tout juste à mi-hauteur de son homme, un grand brun en smoking bleu nuit moiré, qu’elle interpella en lui redressant le nœud papillon avec un geste plein de tendresse :
— On prend la tienne ou la mienne ?

Les deux voitures e-autonomes firent force appels de phares et de guirlandes LED pour se faire remarquer et être choisies.
Le couple des patrons, éclairé en contre-jour dans la lumière des appels de phares, s’amusa d’un tel empressement et éclata de rire.

— NI L’UNE NI L’AUTRE ! s’écria la patronne en se dressant sur la pointe de ses chaussures de soirée.
— Elles ont complètement foiré cet après-midi !
— TU AS RAISON, J’EN AI COMMANDÉ UNE AUTRE POUR CE SOIR, CELA LEUR FERA LES JANTES ! lança joyeusement le patron.

Estomaquées, les deux voitures e-autonomes ne purent s’empêcher de se montrer réciproquement leur stupeur par des grimaces de calandres.
Elles tressaillirent quand elles entendirent la petite patronne s’écrier :
— DÉJÀ ? CHÉRI ! ELLE ARRIVE ! J’ENTENDS LA PORTE D’ENTRÉE DU PARKING SE LEVER.

— OUI, ET EN PLUS TU VAS ÊTRE SOUFFLÉE !

En effet, le doux chuintement de la porte du parking devança de peu le feulement et la découverte d’une magnifique berline aux lignes aussi fluides et aériennes que distinguées. — WAOUH ! UNE TESLA ! s’exclamèrent, dans une admiration collective, la patronne, les deux voitures e-autonomes et toutes les autres résidentes du parking de luxe.

Une carrosserie dans les tons de bleu et gris clair, soulignée de nacre, des lignes inventées par les meilleurs designers d'Intelligence Artificielle, et dotée du même moteur à propulsion quantique qu'un astronef.
Et ce n’était pas l’intérieur beige et cuir fauve, aux boiseries d’acajou, qui allait démentir le sentiment de perfection surréaliste de l’ensemble.

En effet, c’était bien une éblouissante PESLA qui se présentait devant eux, les toisant de sa superbe et qui vint se garer en éclaboussant tout ce petit monde de son insolente rutilance.
— OH ! MON DIEU CHÉRI, MAIS IL NE FALLAIT PAS, QU’EST-CE QU’ELLE EST BELLE, QUELLE CLASSE ! se pâma aussitôt la petite brune accrochée au grand brun au nœud papillon parfaitement redressé.

— Ce n’est pas vrai, je ne le crois pas ! T’as vu ça ? chuchota entre les lames de sa calandre la petite e-SUV, en direction du 4X4.
— Ça serait difficile de faire autrement, t’as vu la bagnole ? Ça, c’est la classe.
— La classe, la classe, faut rien exagérer, grimaça sa copine.

Puis, folle de jalousie rageuse, elle minauda en imitant sa patronne :

— Oh ! Mon Dieu chéri, mais il ne fallait pas qu’est-ce qu’elle est belle, quelle classe !

Les deux amants montèrent dans la berline qui passa devant toutes les autres voitures en les snobant magnifiquement de son incontestable supériorité.
— À L’OPÉRA ! DARLING ! lança la jeune femme sur un ton enjouée avant que la vitre arrière teintée ne remonte dans un silence méprisant.

La voiture de maître démarra sur les chapeaux de roues en ne laissant derrière elle que la pénombre de la veilleuse qui jeta une lueur devenue blafarde sur le sol.

À peine le silence revenu, la petite e-SUV libéra toute sa rage et son amertume, ce qui fit grimper la couleur de sa carrosserie dans les tons de rouge colère.
— OH ! LES SALAUDS ! QUAND TU PENSES À TOUT LE MAL QUE L’ON SE DONNE POUR EUX !

Puis, d’une voix dépitée :
— Moi, je dis qu’ils pourront nous rajouter toute la mémoire qu’ils veulent et tous les algorithmes d’e-learning et deep-learning, ces humains, je ne les comprendrai jamais ! Avant de conclure en singeant sa patronne une nouvelle fois :
— Comme elle est belle ! Quelle classe ! Oh et surtout : comment elle m’a vite oubliée ? LA GARCE !

Le gros 4X4 essaya de calmer un peu sa copine :
— Et si on en profitait pour se faire une petite ballade tous les deux.

— En amoureux ? minauda-t-elle, un peu rassérénée.
— En amoureux.
— On va se faire une petite virée sur le périphérique !
— À fond les jantes ?
— À fond les jantes !
— On déconnecte les contrôleurs de vitesse.
— Chiche !
— Pour les amendes, on s’en fout, c’est eux qui paieront.
— Ça leur apprendra à être infidèles !

Le gardien robot électronique du parking était un copain. Ce fut un jeu d’enfant que de le convaincre de les laisser sortir.
Le portail du parking souterrain se leva à nouveau dans un joyeux sifflement complice pour laisser passer les deux voitures e-autonomes qui démarrèrent dans un crissement de gomme malmenée par le bitume, pour se jeter sur la première entrée du boulevard périphérique.

Et c’était parti pour une virée d’enfer tout autour d’un Paris qui alluma ce soir-là tous les projecteurs de ses monuments, comme une haie d’honneur pour leur faire la fête.

Puis, ils ne purent résister à une petite course sur les grands boulevards et avenues qui, à cette heure-ci, commençaient à se vider des rares et derniers piétons.

Ivres de vitesse et de vent dans les calandres et sur les pare-brise, ils s’arrêtèrent un moment sur le Champ-de-Mars pour admirer la tour Eiffel qui scintillait comme la Voie Lactée.
Encore un peu essoufflés, la petite e-SUV marmonna :

— Tu m’as encore laissée gagner.
Puis en regardant la tour Eiffel :
— Elle doit être drôlement chouette, la vue, de là-haut.
— Tu parles, et si, on y montait ?
— Ne dis pas n’importe quoi, ils ne vont pas nous laisser grimper par l’escalier et encore moins par les ascenseurs.
Le gros 4X4 prit alors une mine mystérieuse :
— Moi aussi, j’ai une surprise pour toi ! Mets ton GPS sur Issy-les-Moulineaux et suis-moi !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le computer de bord de la petite e-SUV afficha le trajet en rouge, car c'était sa couleur préférée, et les coordonnées de la destination.
Distance : 2 km. Temps de trajet estimé : 2 minutes.


Le 4X4 s’arrêta devant l’héliport, où toute une série de voitures e-autonomes faisaient la queue. Il y fut rapidement rejoint, pas sa copine :

— Regarde à travers la grille, qu’est-ce que tu vois ?
— Ce sont des e-autonomes comme nous, mais on dirait qu’on leur a mis des ailes !
— Bravo ! Ils viennent d’ouvrir ici une location d’ailes volantes amovibles. Normalement, c’est réservé aux PESLAs mais on est venus il y a deux jours avec le patron pour prendre des infos. Il veut en faire la surprise à sa copine.
— Encore une ?
— Et si on essayait tout de suite ?
— Mais on n’est pas des PESLAs !
— Bien sûr, mais comme il a déjà ouvert un compte, ça peut marcher, on essaye ?


Les guirlandes LED de la petite e-SUV, scintillèrent de joie et d’excitation pour toute réponse.

En effet, grâce à la ligne de crédit et au nom de leur patron, l’affaire fut rapidement dépliée.
Ils furent équipés sur le champ d’une impressionnante aile delta, et se lancèrent aussitôt pour un petit tour d’essai au-dessus de l’héliport et des buildings qui l’entouraient.

Ils découvrirent, émerveillés, qu’à l’ivresse de la vitesse pouvait se rajouter le vertige des hauteurs.
Puis ils poussèrent un peu au-dessus de Paris jusqu’à la tour Eiffel.
— Tu vois que ça a marché ! s’écria le gros 4X4 en riant avant de virer de bord, suivi par sa copine.

— Où vas-tu ? lui demanda-t-elle en voyant qu’il tirait vers l’ouest. À Deauville ?

— Mieux ! répondit l’énorme 4X4.
— En Amérique ?
— Mieux !
— Sur la Lune ? demanda-t-elle encore, en riant aux éclats de tous les chromes de sa calandre, et en éclairant le ciel étoilé de ses ravissants phares de route qu’elle savait rendre si troublants quand elle le voulait.

— Mieux !


La petite e-SUV, légèrement inquiète, consulta son computer de bord qui affichait : Destination : au-delà... Distance : infinie... !

Bien vite, ils ne furent plus que deux points à l’horizon, se dessinant sur le croissant de lune qu’ils dépassèrent rapidement.

Aux portes du système solaire, les satellites perdirent tout aussi rapidement leurs traces. Depuis, on ne les a jamais revus.

                                        Rêved'e-Autonomie©Pat.Cosmixki2020